Un homme en trench-coat, le feutre baissé sur les yeux, qui traverse une rue grise sans dire un mot. Cette image, tout le monde l'a en tête, même sans avoir vu un seul film de Jean-Pierre Melville. Elle vient pourtant de lui. En une dizaine de films tournés entre 1956 et 1972, le cinéaste a inventé un vestiaire masculin qui n'a pas pris une ride. Voici ses règles, ses films, et ce qu'ils nous apprennent encore.
Qui était Jean-Pierre Melville
Il naît Jean-Pierre Grumbach, à Paris, en 1917. Pendant la guerre, il entre dans la Résistance et doit se choisir un nom de guerre. Il prend celui d'Herman Melville, l'auteur de Moby Dick, et ne le quittera plus. C'est aussi de là que vient le nom de notre maison.
Après la guerre, il devient cinéaste en toute indépendance, jusqu'à posséder ses propres studios, rue Jenner, à Paris. Grand amateur de cinéma américain, il transpose ses codes dans un Paris nocturne et désert. Il meurt en 1973, laissant une œuvre qui influence encore des cinéastes du monde entier.
Un homme qui se mettait lui-même en scène
Melville ne se contentait pas d'habiller ses personnages. Il avait son propre uniforme. On le voit rarement sans son chapeau Stetson et ses lunettes noires, qu'il portait en tournage comme en interview. Cette silhouette faisait partie de son personnage public, au même titre que ses films.
C'est peut-être la première leçon du style Melville : un homme qui sait ce qu'il porte, et qui le porte toujours, finit par être reconnu à sa silhouette.
Les codes du vestiaire Melville
Le trench-coat
C'est la pièce centrale. Clair ou sombre, toujours ceinturé, souvent col relevé. Il dessine une silhouette nette et verticale, et donne à celui qui le porte une allure d'homme prêt à partir.
Le feutre
Le chapeau à bord court est la signature des héros de Melville. Il cache une partie du visage, laisse le regard dans l'ombre, et prête à chaque geste une gravité particulière. Dans Le Doulos, il donne même son nom au film.
Le costume sombre
Sous le manteau, un costume sombre, une chemise claire, une cravate fine. Rien de voyant. Le costume n'est pas là pour briller, mais pour tenir.
Le rituel
Chez Melville, s'habiller est un geste qui se répète. Dans Le Samouraï, Jef Costello ajuste le bord de son chapeau devant le miroir avant chaque sortie. Le vêtement devient une discipline.
La palette éteinte
Gris, bleus, beiges, noirs. Melville désaturait volontairement les couleurs de ses films. Rien ne crie, tout se tient.
Les cinq films, les cinq personnages
Notre Édition I rend hommage à cinq personnages de Melville. Chacun incarne une facette de son style.
- Bob le flambeur (1956) — Bob Montagné, le gentleman joueur de Montmartre. L'aisance. → BOB
- Le Doulos (1962) — Silien, l'homme impeccable dont on ne sait s'il trahit. Le mystère. → SILIEN
- Le Deuxième Souffle (1966) — Gu Minda, le vieux truand qui veut laver son nom. La carrure. → GU
- Le Samouraï (1967) — Jef Costello, le tueur solitaire. Le silence. → JEF
- Le Cercle rouge (1970) — Corey, le cambrioleur méthodique. La rigueur. → COREY
Deux autres films complètent son œuvre policière et résistante : L'Armée des ombres (1969), sur la Résistance qu'il avait lui-même vécue, et Un flic (1972), son dernier film.
Pourquoi ce style n'a pas vieilli
Parce qu'il ne reposait sur aucune mode. Les personnages de Melville ne portent rien qui date d'une saison. Leurs vêtements sont des classiques, choisis pour leur ligne et portés avec rigueur. C'est pourquoi on peut regarder Le Samouraï aujourd'hui sans que rien dans les costumes ne paraisse démodé.
Son influence dépasse d'ailleurs le cinéma français. Jim Jarmusch, John Woo et bien d'autres le citent parmi leurs maîtres.
Porter le style Melville aujourd'hui
- Choisir un uniforme. Quelques pièces qui vous ressemblent, portées si souvent qu'elles deviennent une signature.
- Privilégier la ligne. Une coupe nette plutôt qu'un détail voyant.
- Éteindre la palette. Gris, marine, beige, noir, et l'écaille pour réchauffer.
- Un seul accessoire fort. Un chapeau chez Melville. Aujourd'hui, une montre, ou une monture de lunettes qui a du caractère.
- Le soin du geste. Porter ses vêtements avec attention. C'est ce qui transforme une tenue en style.
Maison Melville
Nos montures ne reproduisent pas celles des films. Elles traduisent ces principes dans l'objet qu'on voit sur tant de photographies de Melville : la lunette de soleil. Cinq montures d'acétate poli à la main, dessinées à Paris, éditées en quantité limitée.
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