Certains personnages de Melville glissent dans le décor. Gu Minda, lui, l'occupe. Dans Le Deuxième Souffle, sorti en 1966, Jean-Pierre Melville confie à Lino Ventura le rôle d'un vieux truand qui s'évade de prison pour un dernier coup. Tout chez Gu est dense : sa carrure, ses silences, son sens de l'honneur. C'est un personnage qui prouve qu'on peut être élégant sans jamais être léger.
Un roman de José Giovanni
Le film est adapté d'un roman de José Giovanni, lui-même ancien détenu devenu écrivain et scénariste. Il s'ouvre sur une évasion : Gu franchit le mur de sa prison et retrouve un monde qui a continué sans lui. Trop âgé pour recommencer, trop fier pour renoncer, il accepte une dernière affaire : l'attaque d'un fourgon transportant du platine, sur une route de montagne près de Marseille.
Face à lui, le commissaire Blot, joué par Paul Meurisse, policier ironique et raffiné. Il tend à Gu un piège qui fait passer le truand pour une balance aux yeux du milieu. Pour Gu, c'est pire que la prison. Tout le reste du film est la quête d'un homme pour laver son nom.
Lino Ventura, la présence
Avant d'être acteur, Lino Ventura avait été lutteur. Il en a gardé une façon unique d'occuper l'espace : les épaules, la nuque, une immobilité qui pèse plus qu'un geste. Dans Le Deuxième Souffle, Melville filme cette présence physique comme un paysage.
Son vestiaire suit la carrure : un manteau lourd, un costume ample, un chapeau. Rien d'ajusté au millimètre, rien de fragile. Des vêtements qui tiennent, qui ont du poids, et qui semblent avoir traversé plusieurs hivers.
Le code d'honneur
Gu n'est pas un héros. C'est un bandit. Mais il a une loi, et il ne la trahit pas. Dans l'univers de Melville, c'est ce qui sépare les hommes qui comptent des autres : la parole donnée, la fidélité, le refus de trahir.
Ce code se lit dans son style. Gu ne cherche pas à plaire. Il ne s'adapte pas. Sa tenue, comme sa parole, ne change pas selon les circonstances. C'est une forme d'élégance plus rare que l'élégance vestimentaire : la constance.
Ce que Gu enseigne
- La carrure. On ne s'habille pas contre son corps, mais avec lui. Une silhouette large appelle des pièces qui ont du volume et du poids.
- Les matières qui durent. Un manteau épais, une laine dense, un cuir qui vieillit. Des pièces qui gagnent à être portées.
- Les tons chauds et profonds. Brun, tabac, écaille foncée. Des couleurs qui donnent de la chaleur à une silhouette massive.
- La constance. Trouver son uniforme et s'y tenir. Le style de Gu ne suit pas la mode, il suit un homme.
Chez Melville, le vêtement est toujours une question de caractère. On le retrouve chez Jef Costello comme chez Corey.
GU, la monture
La monture qui porte le nom de Gu n'est pas une reproduction : c'est une interprétation de sa carrure. La plus massive de l'Édition I. Un carré aux angles vifs et aux bordures larges, en acétate écaille foncée poli à la main, rehaussé d'une barrette et de rivets dorés. Un verre brun dégradé, catégorie 3. Ce n'est pas une monture discrète, et elle ne cherche pas à l'être.
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