Certains films se souviennent par une réplique. Le Cercle rouge se souvient par un silence. Sorti en 1970, l'avant-dernier film de Jean-Pierre Melville contient une séquence de cambriolage de près d'une demi-heure, presque sans un mot. Au cœur de ce film de précision, un homme : Corey, joué par Alain Delon. Trois ans après Le Samouraï, Melville lui confie un personnage tout aussi silencieux, mais plus économe encore.
Un cercle tracé d'avance
Le film s'ouvre sur une citation attribuée au Bouddha, selon laquelle les hommes destinés à se rencontrer finiront par se retrouver dans un même cercle rouge. Comme pour Le Samouraï, Melville l'a inventée. Elle pose le décor : trois hommes que rien ne relie vont se croiser et monter ensemble un coup.
Corey sort de prison. Sur la route, il croise Vogel, un détenu évadé incarné par Gian Maria Volonté. Ils recrutent Jansen, un ancien policier devenu tireur d'élite, joué par Yves Montand. Leur cible : une bijouterie de la place Vendôme. En face, le commissaire Mattei, joué par Bourvil dans l'un de ses derniers rôles, à contre-emploi total de ses comédies.
La séquence du casse
La scène est restée célèbre. Les trois hommes pénètrent dans la bijouterie de nuit et désactivent l'alarme, sans musique ni dialogue. On n'entend que leurs pas, leurs outils, leur respiration. Chaque geste est exact, chaque déplacement est pesé.
Melville y filme la compétence comme une forme de beauté. Aucun mouvement n'est inutile, aucune parole n'est nécessaire. C'est cette économie qui rend la scène si tendue, et si élégante.
Une palette froide
Le film est en couleurs, mais des couleurs retenues : des bleus, des verts, des gris, des beiges éteints. Rien ne crie. Les intérieurs sont sombres, les extérieurs sont d'un gris d'hiver. Cette froideur donne au film sa tenue, comme une photographie ancienne.
C'est un principe qui s'applique au vêtement. Les tons froids et sourds, le vert bouteille, le bleu nuit, le gris, créent une impression de calme et de maîtrise. Ils vieillissent bien parce qu'ils ne cherchent pas à attirer l'œil.
Corey : l'économie
Corey est un personnage de peu. Peu de mots, peu d'expressions, une fine moustache, un manteau sombre, un costume impeccable. Il ne se définit pas par ce qu'il dit mais par ce qu'il fait, et par la façon dont il le fait.
Son style tient dans cette retenue. Pas d'accessoire superflu, pas de couleur qui dépasse. Une silhouette nette, pensée pour durer et pour ne jamais gêner le geste.
Ce que Corey enseigne
- L'économie. Retirer plutôt qu'ajouter. Chaque pièce doit avoir une raison d'être là.
- La précision. Une coupe juste, une taille exacte. Un vêtement bien ajusté vaut mieux qu'un vêtement remarquable.
- La palette froide. Vert, bleu nuit, gris. Des couleurs qui calment et qui durent.
- L'équilibre. Ni trop, ni trop peu. La pièce la plus sûre est celle qui va à tout.
COREY, la monture
La monture qui porte le nom de Corey n'est pas une reproduction : c'est une interprétation de sa rigueur. Un rectangle net d'acétate écaille, poli à la main, assez large pour tenir le visage, assez sobre pour se porter tous les jours. Un verre vert, catégorie 3, dans la palette froide du film. C'est la monture la plus équilibrée de l'Édition I, celle qui s'adapte à la plupart des visages.
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